Histoire de Marie

On me donne début juin, la collection des photos de famille de Marie. Bonheur et impression étrange de me trouver en possession de la mémoire d'une famille que je ne connais pas. Je sais seulement qu'elle était fille d'immigrés espagnols (Majorque, Soller) et que ses parents tenaient rue Sadi Carnot, une épicerie "Le Jardin d'Espagne" .
J'ai publié une première photo, et tous mes amis se sont mis à écrire...
Alors ce blog où l'histoire de Marie s'écrit (s'invente) petit à petit... au fil des commentaires, des messages
.
Un grand bazar ...
work in progress,

B. Chaix (juin 2010)

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Générique de fin
(avant un autre projet, certainement)


Merci à tous les amis auteurs, ce fut une belle histoire.
François a écrit un bel adieu à Marie . Je n'écrirais pas plus.

Marie , la vraie, est décédée l'an dernier, le 31 mars.

B Chaix (26 mars 2011)

samedi 31 juillet 2010

Le journal de Ferdinand (2)

Histoire de Marie : Le journal de Ferdinand (suite)

(Ferdinand a décidé de tenir un journal d’été pour faire avancer son « histoire de Marie ». Fin juillet, un procédé l’aide à démarrer. Le projet se précise donc même si tout cela reste sans forme)

20 Juillet 2010. Marguerite était dans la voiture de Kostro quand celui-ci a trouvé la mort le 4 Janvier 1960. Je pense que Marguerite était rentrée depuis quelques mois seulement. L’été précédent, elle était dans les Galeries de France au moment de l’attentat qui avait fait cinq morts. Rester en Algérie ne leur avait plus semblé possible. Comment a-t-elle retrouvé Kostro ? Que faisait-elle avec lui ce jour là ? Ferdinand, était-il au courant de la présence de sa femme aux côtés du poète-cinéaste avant que les gendarmes lui apprennent l’accident ?

Ses tentatives pour retrouver le film de Kostro, des années plus tard, montrent qu’il est resté attaché à son ami défunt mais elles sont restées sans effet. L’œuvre de Kostro n’existe plus que dans la mémoire des rares spectateurs qui ont assisté aux projections exceptionnelles de son unique chef d’œuvre.

Au milieu des années 60, Marguerite ne vit plus avec lui, elle s’est installée chez Marie. Complètement dépendante depuis qu’elle est aveugle, elle a retrouvé l’affection de sa sœur. Les années passent. Ferdinand parcourt le monde. Leur reste-t-il quelque chose en commun ? L’avenir nous le dira, mais c’est au cours de cette période que se situe un épisode du roman, celui auquel je pense depuis quelques jours : Marie ouvre une boite qui contient des photographies. Elle les décrit une à une à Marguerite qui en caresse les bords dentelés comme s’il s’agissait d’icônes miraculeuses.

Le roman développera les échanges liés à chacune de ces images. Sur une photo, Marguerite allaite Matthias, son enfant, né en Algérie. Si je respecte la chronologie, il ne doit pas avoir plus de 5 ans quand ils rentrent en France. Qui s’occupe de lui ensuite pendant les années où Marguerite reste auprès de sa sœur ? est-il avec elles ce jour où elles se penchent sur le passé ? est-il en vacances avec Ferdinand ? sinon où ? S’il est encore vivant aujourd’hui, il a à peu près mon âge.

Marie place une autre image entre les doigts malhabiles de Marguerite. Sur celle-ci, soirée amicale dans un bistrot, verre de blanc sur la table, cartes à jouer, belote ou bien rami, Marguerite baille. Mélancolie de la jeune exilée : des petits élèves, un mari trop occupé, l’isolement dans un bled sans attrait… Marie insiste. Tu n’as pas l’air de t’amuser beaucoup, pourtant les autres rient… C’était tous les soirs comme ça ? Ou bien à quoi passiez-vous votre temps là-bas, loin de tout, loin de nous ? etc.

La suivante est plus récente, et elle est en couleur. Elle rappelle les efforts de Marie pour réinsérer sa sœur handicapée. Un arbre de Noël, une chorale, Marguerite chante les yeux protégés par d’épaisses lunettes noires, silhouette désormais fragile, vieillie singulièrement, on dit : « l’ombre d’elle-même ». Oui, oui, c’est ça… Ceux qui ne disparaitront pas deviendront des ombres, ombres à eux-mêmes, traces non reconnaissables des espoirs que la jeunesse avait mis en eux, mais une ombre qui chante si elle ne voit plus.

On la voit danser sur l’image suivante, vingt ans avant et le contraste me touche. Il touche aussi Marie. Quatorze juillet 1945, dit-elle, c’est la date indiquée au verso. Quel est le jeune homme qui la tient dans ses bras ? Elle dit c’était Roland certainement. Non ce n’est pas Roland lui dit Marie. Je ne le connais pas. Ce n’est pas possible, tu ne te rappelles pas, tu ne veux pas me dire que c’était Roland. Non ce n’est pas Roland et je ne sais pas avec qui tu as dansé le 14 juillet 1945, il y a vingt et un ans. C’était Roland, insisterait-elle.

Sur celle-ci, Marguerite écrirait au tableau. On verrait de dos les enfants du premier rang. La craie blanche vient de tracer presqu’automatiquement les derniers vers de la récitation :

« O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, 


Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis


Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires ». Tu te souviens des vieilles armoires de la maison de Majorque ? dit Marie. Tu te souviens de nos étés là-bas ?

Ou bien, imaginons un intérieur, un bureau près d’une fenêtre ouverte sur les collines, c’est là que Marguerite écrit une lettre à Marie, dix ans avant, en mai 1956. Elle lui parle de la maison de Majorque et des citronniers. Elle fabrique de la nostalgie dans la chaleur algérienne. Elle n’est pas ici, elle n’est pas là-bas, elle n’est déjà plus nulle part. Ferdinand a pris la photo par surprise. Elle le regarde. Elle est souriante pourtant. Tu as l’air heureuse sur celle-ci.

Celle-ci est plus drôle, c’est Marguerite encore enfant, pieds nus, et qui foule les grappes dans une comporte. A côté d’elle, plusieurs vendangeurs s’amusent. Le jus noir éclabousse la scène.

Je la vois bien grimacer, sur une autre photo prise à la même époque : elle tirerait la langue à son père. Ce serait un des rares gros plans de la collection. Tu te souviens dirait Marguerite comme il était embêtant papa avec cet appareil neuf. Tu avais une très jolie robe répondrait Marie. L’enfance galope plus vite qu’on ne croit, va, vient dans tous les sens. L’enfance est un cheval fou qui brise l’enclos où tu croyais l’avoir remisé. L’enfance revient avec ses nausées et ses émerveillements. L’enfance les porte et les mine.

Sur la suivante, c’est Marguerite en cuisine : elle hache finement persil, ciboulette, et estragon pour une omelette qu’on voit au premier plan. A l’arrière-plan, par la porte entr’ouverte les préparatifs d’une mise de table un peu solennelle. Dans un petit miroir en partie caché par la jeune femme, le reflet du photographe. C’est Ferdinand. Marie ne dit rien de ce détail de l’image et Marguerite reste silencieuse.

25 Juillet 2010.

Hier soir, une conversation avec B. dans un restaurant d’Arles m’a beaucoup troublé. Je ne la connais pas depuis très longtemps. Est-ce l’intimité de la saison, l’émotion liée à certaines expositions[1] ? je ne sais pas, mais notre conversation a pris soudain un ton plus familier. P. m’a parlé de son premier amour. Elle avait seize ans, il était plus âgé, veillait sur ses études, moitié grand frère et moitié amant. Un jour il est retourné dans son pays en guerre. Quand il est revenu, dit-elle, son regard avait changé. Peux-tu te représenter ça, me dit-elle, son regard n’était plus le même. Ses yeux à elle à cet instant se sont remplis de larmes. Quelque chose d’elle, à ce moment-là, m’a bouleversé. Il y a presque 25 ans que cet amour là et que cette guerre là se sont évanouis, et pourtant la mémoire des yeux blessés d’un homme blessé ne s’effacent pas. J’ai pensé à ce livre des disparitions que je voudrais écrire avec l’histoire de Marie. Je crois que c’est de cela que Cédric Lagneau parlera avec Marie, ce jour de 1960 où il garera sa Citroën 15 devant l’épicerie pour la seconde fois. Il lui dira : je suis un ami de Roland. Elle fermera le magasin. Elle l’accompagnera dans un restaurant au bord du fleuve. D’abord, elle ne dira rien, et lui presque rien. Puis c’est elle qui parlera. C’était son premier amour, son professeur de mathématiques avant la guerre. Il l’aurait invitée une fois dans le diois, dans la grande maison familiale où le four à pain fonctionnait encore, une fois par semaine. Il l’aurait amenée en randonnée, au Grand Veymont ou au Pié Ferré. Elle aurait été amoureuse de lui, mais il n’en aurait rien su au début. La guerre vient. Le maquis. Passons vite. Ils se voient fugitivement maintenant en cachette des autres de la bande. Roland a rejoint les FFI qui remontaient la vallée du Rhône, jusqu’au Rhin, jusqu’en Allemagne. Une première fois Roland a disparu. Parfois, Marie voit sa femme dont elle est devenue l’amie et qui ne se doute de rien. Roland n’écrit plus. Marie grandit. Maintenant, c’est Ferdinand qui la courtise et qui dans l’ivresse de la Libération puis de l’année qui suit conduit les deux sœurs vers les rivières d’Ardèche, pousse jusqu’à Aix ou à Marseille. Ils nagent dans les calanques au printemps 1945. Tout l’hiver, sur le plateau ils redécouvrent une liberté inimaginable. Marie est amoureuse. Roland s’est effacé.

Puis il est revenu et son regard avait changé, dit Marie à Cédric Lagneau. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui, je vois. Je vois très bien, répondrait Cédric Lagneau. Quelque chose en lui s’était cassé, n’est-ce pas ? Oui, dit-elle, nous avons recommencé à nous voir en cachette, mais il était brisé. Ce n’était plus Roland. Comme je n’étais plus la jeune fille qu’il avait connue avant la guerre sans doute, mais quelque chose en lui s’était perdu. Vous comprenez ça ?

(J’arrête là pour aujourd’hui. La suite va de soi. Lagneau ne répondra pas tout de suite. Roland quitte sa femme, et Marie bien sûr, en 46. A Paris, une carrière d’apparatchik l’attend, place Colonel-Fabien. Pour oublier. Des contacts avec la Hongrie. Il refuse de voir. Il construit des amitiés franco-hongroises, il écrit des articles, il fait la navette entre les deux pays, sa vie s’installe dans l’oubli de soi, une vie parmi les ombre. Et un jour, ses yeux se ferment définitivement, loin des nôtres. Sans doute au dernier moment, quelque chose lui a permis de voir à nouveau, lui qui depuis si longtemps ne faisait plus que semblant de vivre. C’est ce qu’explique Cédric Lagneau à Marie avant de la raccompagner chez elle).

27 Juillet 2010.

Je reprends la visite de cette boite à photos. Marguerite et Marie autour de la table de la cuisine, cernées par le passé.

Un carnet à la main, Marguerite interroge Jacques Soustelle. Je me demande s’il vaut mieux situer cet épisode en 1955 ou 56 quand Soustelle est Gouverneur général de l’Algérie, ou plus tard quand il sera ministre de De Gaulle. Cela changerait tout en ce qui concerne au moins le visage de Marguerite, les raisons de cette interview. Marguerite m’interrompt.

C’était au printemps 1956, nous venions d’arriver, je donnais un coup de main à des amis qui venaient de créer un petit journal. Nous avions réussi à avoir un rendez-vous avec Soustelle mais Ferdinand voulait que je le fasse plutôt parler des mayas que des « évènements ».

Sur celle-ci, tu joues au tennis avec Ferdinand. Qui l’a prise, cette photo ? Passons à la suivante, s’il te plait.

Kostro et toi. Devant un cinéma. Le 27 février 1953, c’est écrit au verso. Oui, c’est la première du Carrosse d’Or. Kostro était un peu lié avec Renoir à qui il envoyait des lettres enthousiastes au fur et à mesure qu’il découvrait ses films. Renoir lui répondait parfois. Tu savais ça ? Ce soir-là, Kostro avait invité Ferdinand qui avait voulu que nous y allions ensemble. Je ne connaissais rien du cinéma, ni de Renoir que je croyais peintre, ni de Magnani dont j’ignorais l’existence. Mais revoir Kostro après toutes ces années…

Avec qui es-tu sur celle-ci ? C’est une manifestation à Alger, il n’y a pas de date. Marguerite ne répond pas. Je préfère l’imaginer retenant encore un instant l’image précédente, celle où on la voit sortir d’une projection qui place le spectacle au-dessus de la vie, un film qui chante l’illusion et les fictions dans un monde qui ne vaut plus rien.

Je reconnais celle-ci, dit Marie. C’est moi qui l’ai prise en 56, quand vous êtes venus en vacances. Tu te rappelles ? On était allé dans le diois pour voir André et Véronique. On s’était baignées dans la Drôme. On était seules. Tu avais nagé dans l’eau froide du claps. On était resté longtemps au soleil, toutes les deux comme autrefois. Comme aujourd’hui encore, Marie.

J’aime beaucoup la photographie suivante. J’aimerais en être l’auteur. C’est une maison de vacances. Ferdinand dans le jardin a déjà bu une tasse de café, il lit le journal. Quand il entend Marguerite ouvrir les volets, il n’a qu’un geste à faire pour saisir le visage de la femme aimée, au réveil, éblouie par la lumière… J’imagine qu’il tient l’appareil entre ses mains comme il tiendrait le visage de Marguerite. Miracle de l’amour de loin. Marie passe rapidement, elle ne décrit pas la photo, la laisse retomber dans la boite en métal, soudain gênée par les yeux vides de sa sœur.

La photo suivante est étrange : Marguerite agenouillée entre deux messieurs, curieusement vêtue d’une étoffe blanche dont le drapé retombe en cascade, découvre assez largement ses épaules et sa poitrine. Les deux arabes, plus âgés, qui l’encadrent portent un vêtement invraisemblable, une sorte de toge. Marie ne connaissait pas cette photo. Marguerite rit : c’est Suzanne et les vieillards ! Un peintre était venu de Paris pour réaliser des fresques dans notre église. C’est Kostro qui nous l’avait envoyé. J’ai accepté de poser pour lui avec d’autres habitants de la wilaya. En fait, il n’a jamais terminé son travail, je le soupçonne d’avoir surtout voulu organiser les tableaux vivants qu’il prenait en photo. Il nous déshabillait à peu de chose près. Et nous nous amusions des regards qu’il jetait sur nous ou de celui des autres figurants. C’était comme une récréation, bien innocente non ? Tu trouves que je suis perverse?

Le Ville-de-Marseille quitte le port d’Alger la blanche. Et Marguerite quitte Ferdinand : elle agite un mouchoir dans sa direction avant d’emprunter la passerelle. Ferdinand est de dos. Il la rejoindra bientôt. En fait, ils ne se retrouveront jamais je pense. Je crois qu’elle est partie avec l’enfant (qu’on ne voit pas sur la photo), qu’elle laissé le petit chez sa sœur, qu’elle est allée à Paris, retrouver le peintre ou bien Kostro, ou je ne sais quoi qui lui permettrait enfin de vivre sa vie, aller au cinéma, danser, voir le monde, échapper à la lourde couverture de plomb que les années algériennes ont jeté sur ses épaules.

Supposons maintenant que Marguerite rame, plongeant avec énergie ses avirons dans la surface étale d’une eau presque sans ride. Si la photo ne donne aucune indication narrative intéressante, elle donne des informations sur la vitalité jamais en défaut de la jeune femme, que j’opposerais désormais à la mélancolie native de Marie.

On verrait sur la suivante, les deux sœurs encore enfants devant un plat presque vide. Les deux fillettes saucent avec les doigts les rebords du récipient, plongent leurs mains, nettoient avec gourmandise ce qui pourrait bien être un reste de mousse au chocolat. Marguerite prend toute la place, Marie en retrait, occupe avec timidité, le terrain qui lui est laissé. Life is sweet, comme disait l’autre jour le bateleur argentin derrière le Palais des Papes.

Une scène de foire. Marguerite adolescente à côté d’un Monsieur Muscle qui semble mettre au défi les passants. Un jeune paysan s’apprête à faire un bras de fer avec le colosse. Marguerite tâte les muscles du forain et ceux du jeune homme, l’air connaisseur, au milieu des éclats de rire. Elle-même, joueuse, insolente regarde l’objectif. C’est elle qui lance un défi, mais à qui ?

28 Juillet

Comme tous les procédés, c’est un peu lassant… J’arrête donc. Je me demande, quand même, si en introduisant quelques variantes on ne pourrait pas présenter la vie de Marie avec la même technique. Il faudrait éviter, pour Marie, de proposer à la suite des photographies imaginaires. Une succession de chapitres courts, qui seraient distribués dans le livre de façon aléatoire ou en relation plus signifiante avec l’organisation des autres cycles constituerait le cycle discontinu de Marie. On y rencontrerait : Marie armée, Marie boudeuse, Marie caressante, Marie diplômée, Marie élue, Marie fiévreuse, Marie grimpeuse, Marie hypnotisée[2], Marie ivre, Marie juchée (où ?), Marie avec Kostro elle aussi, Marie se lance dans la lambada (à son âge !), Marie malice, Marie en nacelle, Objectif Marie, Marie et le papillon (ou le parpaillot), les quenelles de Marie, Marie attachée au radiateur, le signal secret de Marie, la toison de Marie (épisode érotique), Marie devant les urnes, Marie a peur du vide, Marie s’offre un walkman (à son âge !), Marie joue un petit rôle dans Yoyo de Pierre Etaix, Marie au Parc animalier.



[1] je pense en particulier à celle de Marcos Adandia, Entre le ciel et la terre (Les mères des disparus) : le regard de ces femmes aujourd’hui âgées interroge encore la dictature, l’impossible oubli de la souffrance, le scandale des disparitions…

[2] On échapperait quand même à: « Marie, Marie outragée ! Marie brisée ! Marie martyrisée ! mais Marie libérée ! »

3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Il faudrait éviter, pour Marie, de proposer à la suite des photographies imaginaires

    Par ces mots, que nous dit F. ? Propose t il de limiter les images aux images imposées par l'auteur du blog ?

    Discontinu : la méthode est fort intéressante. Comment procéder ? Comment casser la narration de chacun. Comment lier et délier les histoires, les vérités ?
    Hypothèses ? Suppositions ? Conjectures ?

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  3. J'aime bien la série des photographies imaginaires, elles racontent une autre histoire, elles proposent une vision différente. Pourquoi casser la narration ? Elle est déjà discontinue, elle se déroule en épisodes différents, parfois parallèles, parfois symétriques, ou totalement opposés, comme si plusieurs voix parlaient dans des endroits différents du monde, comme un écho, de l'une à l'autre et de l'autre à l'une, et l'histoire bascule, se concentre, se perd et redevient un pan d'un univers à peine entrouvert. On peut même imaginer des voix qui lisent le récit en même temps, les mémoires qui se confrontent, se superposent, s'ignorent ou se provoquent. Comme dans le quotidien. Ca me fait toujours penser à Duras " tu n'as rien vu à Hiroshima". On ne voit pas une photographie de la même façon, on ne se souvient pas des choses de la même façon... Tout dépend si nous étions là, si nous n'y étions pas, tout dépend de notre inconscient personnel... Je trouve que les pans du récit s'articulent bien entre eux, avec des cassures, des débats, entre hier, aujourd'hui et demain, des projections, des désirs d'aller plus loin, des constats aussi, c'était ça et c'est tout ; puis, on revient à une supposition, à une autre perspective. Et dans une forme de rêve, de souvenir rêvé, et de présence au monde parfois si réelle...

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